Tu marches sur les épines brisées, le mouvement de tes pas entravé par ces barbelés emmêlés qui t'écorchent encore les chevilles.
Tu voudrais courir pour rattraper la foule. Ces gens qui, au fond, t'indiffèrent, mais te rassurent.
Il s'éloignent, ne devenant plus qu'une masse informe qui cache le couché du soleil. Le tien.
Ce à quoi tu aspirais n'est plus qu'une chimère hors d'atteinte.
Tu n'as plus la force nécessaire, tu trébuches et te relèves à grand peine.
Leurs rires t'ignorent et se confondent au silence de ce désert qui leur semble un paradis. La chaleur t'étouffe et leurs sourires blancs n'aveuglent depuis longtemps plus ta conscience grisonnante.
Oh! regarde, tu tombes. Tes mains et tes genoux s'enfoncent dans les éclats de miroir, tu ne peux plus regarder derrière toi désormais.
Et maintenant tes entrailles qui se répandent, gagnant les écrins où elles auraient toujours dû reposer. Le sol tremble et tu pleures tes derniers battements de coeur.
Ils ne se retournent pas, c'est ce que tu voulais. Et pourtant, tu ne peux empêcher cet unique cri sourd de dévorer ta gorge, espérant les alerter. Mais ils ne sont plus qu'un point à l'horizon. Un point. Tu peux enfin admirer le coucher du soleil. Le tien.
Il n'aura jamais éclairé que ton chemin, laissant les autres dans le noir le plus profond, il n'aura servi qu'à ça toutes ces années. Il aura accompagné ta marche silencieuse.
Ils sont hors de vue. Tu es le seul être encore présent ici, mais bientôt tu ne feras plus qu'un avec la Mère de Tous. Sous les ultimes rayonnements du soleil, ton sang brille. Il sera le seul à rester ancré sur cette lande. Le seul vestige, qui déclamera pour toi : « Malgré moi, j'y ai cru. »